Skip to content

Historique

L’association          Historique          Le « technicien de l’intégration »

Par Marie-Paule Blanchard, Co-fondatrice de l’association Avec / Bénévole

L’encre qui écrit l’histoire d’Avec a la couleur de l’humanisme, de la créativité…

« La préhistoire d’Avec, nous la situons en septembre 1981, avec l’ouverture de la première classe intégrée, en collège puis en lycée, pour huit adolescents pénalisés par une déficience intellectuelle. C’est une première en France, et j’ai eu le privilège d’avoir été recrutée pour devenir leur institutrice. La genèse de cet évènement, c’est l’association des énergies de familles en colère, s’insurgeant contre le diktat selon lequel l’intégration scolaire de leurs enfants  (trisomiques, avec des séquelles d’autisme, des retards scolaires inexpliqués) devait s’arrêter après le primaire. Ensemble, ils ont refusé ce regroupement, cette exclusion des jeunes handicapés, alors mis à l’écart dans des centres spécialisés.

Pourtant, la scolarité en primaire ou en classe de perfectionnement était possible et profitable à leur développement cognitif, psycho-affectif, à leur socialisation…

En septembre 1981 donc, la première classe intégrée spécialisée (CIS) pour garçons a vu le jour aux OAA (fondation des Orphelins Apprentis d’Auteuil), à Paris. M. Seillier, directeur de la Maison et M. Joly, directeur du collège, ont  osé se lancer dans ce défi. En septembre 1982, l’institution Sainte Dominique de Neuilly-sur-Seine ouvre la « classe Parme » pour y accueillir des jeunes filles. Mme Rigal, salariée de l’APEL (association des parents de l’enseignement libre), a orchestré les énergies des familles avec une avocate, équipe d’avant-garde qui a longuement recherché l’argument juridique légitimant la création de cette classe. C’est sous la dénomination de CPPN (classe pré-professionnelle de niveau) qu’elle a été enregistrée au Rectorat de Paris, en faisant reconnaître l’exigence suivante : ces classes accepteront les élèves en difficultés « quel que soit leur niveau ».

En 1981, un nouveau métier d’enseignant spécialisé en collège puis en lycée a été pensé, et j’ai fait partie d’une équipe passionnée et créative jusqu’en décembre 2003.

L’expérience du travail avec ces exclus, inclus cette fois, a été une réussite, non seulement pour les élèves de ces classes, mais aussi pour les autres lycéens, et également pour l’établissement dans son ensemble.

Par la suite, les CIS sont devenues UPI (unités pédagogiques d’intégration), puis actuellement ULIS (unités localisées pour l’inclusion scolaire).

Logiquement, au sortir de ce parcours scolaire est venu se poser la question du travail, de la formation professionnelle, résolue par exemple avec des stages accompagnés en entreprise, et qui ont abouti à des emplois grâce à la définition de tâches simples en adéquation avec les compétences des postulants, à une reconnaissance de travailleur handicapé (TH), et à des entreprises réellement impliquées jusqu’à la signature de contrats de travail. L’intégration de jeunes déficients intellectuels dans le système scolaire jusqu’au lycée, puis l’intégration en entreprise n’était plus une utopie ; étudier et travailler parmi tous était possible, presque normal.

Bien sûr, et cela n’a rien d’étonnant, après quelques années, certains de ces salariés vulnérables ont dû quitter l’entreprise non pour incompétences professionnelles mais parce qu’un responsable de l’entreprise avait changé, parce que des fatigues sont apparues, un isolement est devenu insupportable… Un suivi « spécialisé » dans la durée, adapté à chaque situation était devenu nécessaire.

Pour se donner les moyens de ce nouveau combat a été créée en 2005 l’association Aires, Association pour des Intégrations Réussies en Entreprises et dans la Société. La mère d’un de nos élèves et moi-même avons associé nos compétences : elle a su créer une structure administrative, en a assumé la présidence, et j’ai apporté mon savoir-faire de terrain en tant que directrice. Au principe de notre action a été pensé un accompagnement global, pour faire en sorte que la personne bénéficiaire soit au mieux dans sa vie professionnelle, mais aussi dans d’autres aspects de sa vie. Ainsi, elle pouvait se retrouver plusieurs fois par semaine avec les autres membres de l’association pour des activités de formation, mais aussi de loisirs, dans le souci de maintenir en permanence l’esprit en éveil, de lutter contre l’isolement, fréquent, de favoriser les relations amicales, la prise de responsabilités, autant d’éléments qui ont favorisé un certain épanouissement, une intégration socio-professionnelle stable.

Puis l’association s’est étoffée en janvier 2007 avec l’embauche d’un autre salarié à plein-temps, mais aussi en s’adjoignant le concours d’un psychanalyste pour animer un groupe de parole mensuel pour les bénéficiaires. Les parents, à diverses occasions, ont été invités à se rencontrer, à échanger avec ces professionnels…

Mais en 2010, suite à une décision du Conseil d’Administration, la « petite » association Aires s’est vue associée à une autre, beaucoup plus importante, et appartenant au milieu protégé. L’esprit du départ n’était plus là, et j’ai quitté Aires en janvier 2010.

Que faire de ces réussites, de cette expérience, de ces besoins toujours criants d’un accompagnement adapté, « cousu main »?

C’est sur la base de ces engagements, fondés sur quelques valeurs humanistes, que j’ai sollicité d’autres co-fondateurs pour faire naître AVEC, en mars 2010. En juillet 2010, le collaborateur avec qui j’avais structuré notre accompagnement spécialisé à Aires nous a rejoints.

Sur l’acte de naissance de l’association, figurant au Journal Officiel, est inscrit qu’Avec, Association des Vulnérabilités, des Énergies et des Compétences, œuvre pour :

– que les personnes ayant la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH), (que le handicap soit mental ou psychique) trouvent une juste place dans les entreprises et puissent conserver leur emploi grâce à un accompagnement de proximité.

– permettre aux entreprises de faire en sorte que l’intégration d’un travailleur handicapé soit pour elles une valeur ajoutée.

Avec entend rester fidèle à l’esprit de sa vocation initiale (1981), en toutes occasions, au cours des accompagnements en entreprise comme lors des activités et rencontres que nous organisons (formations, activités culturelles et de loisirs, avec les familles), et rester disponible, à l’écoute des manques, des besoins, mais surtout à l’affût des ressources de chacun pour mieux les développer.

Pour repousser l’ignorance et les peurs suscitées par la différence, pour continuer à travailler en équipe à la mise en place de solutions simples et singulières, nous avons créé un nouveau métier, celui de « technicien de l’intégration », et sommes devenus également organisme de formation.

L’encre a toujours le même éclat qu’en 1981, l’encrier est profond. »

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :